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Trois questions à … Michael Jérémiasz

Le 25/06/2021

« Il ne faut pas opposer les escaliers aux ascenseurs, la mobilité à la sédentarité. »

Michaël Jérémiasz est, entre autres, joueur de tennis en fauteuil (après un accident de ski), professionnel de 2001 à 2016. Il comptabilise 4 médailles paralympiques, dont un titre en double à Pékin en 2008. Entrepreneur, consultant TV, conférencier, engagé dans la vie associative, il se passionne aujourd’hui pour de nombreux sujets.

Comment accélérer le déploiement des solutions actuelles aux enjeux de mobilité verticale ?

Il faudrait déjà communiquer sur ces enjeux-là de manière juste mais aussi « bousculante ». On ne transformera pas la société tant qu’on ne la brusquera pas un peu ! 

La France et l’Angleterre ont beau être proches, à une heure d’avion ou deux heures de train de Paris à Londres, ce sont deux mondes très différents sur la question de l’accessibilité et de la banalisation de la différence. La capitale britannique, où je vis, est une grande ville très dynamique et cosmopolite dans laquelle la place de chacun semble beaucoup mieux intégrée et cela se voit dans le regard des gens. 

Quelles seraient les priorités des pouvoirs publics pour favoriser la mobilité des personnes ?

J’estime que c’est d’abord une question de respect de la loi car l’État discrimine un certain nombre de personnes dans notre société. Personnellement, je suis un privilégié parce que, tout en étant en fauteuil roulant, je peux me mettre debout ce qui élimine beaucoup d’obstacles et me donne une certaine autonomie. Ce n’est pas le cas de nombre de mes amis…

Le travail à faire avec les pouvoirs publics est donc un permanent rappel à la loi, à la dignité et à la sensibilité. Pas dans le sens d’être sensible évidemment, mais plutôt d’être sensibilisé. Nous manquons d’outils primaires d’accès à la cité. Or, sans accès à la société, nous sommes des citoyens de seconde zone, avec les mêmes devoirs, mais pas les mêmes droits. Qu’est-ce qui justifie que je paye les mêmes impôts que mon voisin en termes de contribution à l’effort national sur les infrastructures ? Si je n’ai accès qu’à 20 %, je devrais payer uniquement cette tranche d’impôts là…

Quelles seraient les solutions pour une ville et un habitat plus inclusif ? 

Nous sommes arrivés à un stade où on n’a pas vraiment à inventer quoi que ce soit de nouveau mais simplement à utiliser les outils existants : escaliers, escalators, tapis roulants, ascenseurs, élévateurs… Des outils qui doivent être fonctionnels et permettre une autonomie complète (sans avoir besoin que quelqu’un appelle l’ascenseur pour vous ou de disposer d’une clé). Il faut mettre les moyens aussi pour tout ce qui est du ressort de l’entretien et de la maintenance. C’est bien beau d’avoir des ascenseurs, mais s’ils ne fonctionnent pas… Il y a des gens qui sont bloqués chez eux depuis des mois et des mois, voire des années, qui ne bougent jamais simplement parce qu’ils ne le peuvent pas.

L’idée en faveur de laquelle je me bats c’est d’aller au bout des solutions de mobilités pour les rendre accessibles à tous. Un Vélib’, c’est très bien, mais il faut pouvoir pédaler. Une trottinette électrique, c’est très bien, mais il faut pouvoir tenir debout. Il faut donc démocratiser les autres solutions. J’ai par exemple un petit scooter électrique dans lequel je viens clipper mon fauteuil roulant. Un dispositif qui me permet de bouger à ma guise et même d’emmener mon fils à l’école ! Il faut que toutes les personnes qui ont des enjeux de mobilité – et pas seulement les personnes en fauteuil roulant – soient visibles et identifiées. C’est en nous mobilisant collectivement que nous deviendrons puissants et que l’on pourra changer les choses. 

La mobilité réduite concerne beaucoup plus de gens que l’on ne l’imagine : les personnes âgées, les parents avec leurs enfants en bas âge, les potes qui se font mal à la jambe au foot, les livreurs… Sur tous ces sujets, il faut arrêter de croire que le handicap n’arrive qu’aux autres. La seule chose que vous n’aurez pas, en effet, c’est une maladie de naissance, mais ça ne signifie pas que vous ne serez pas un jour dépendant ou handicapé. 100 % de l’humanité est confrontée à cette question à un moment ou à un autre de sa vie et ce confort représente (seulement) 3 % du budget de la construction d’un immeuble. Il faut s’inspirer des bonnes pratiques et les murmurer à l’oreille des décideurs en commençant à se mobiliser en parallèle dans une ville, une région, un département où les acteurs locaux peuvent déjà faire beaucoup de choses. À partir du moment où ce ne sera plus 5 % de la population française qui sera touchée mais 100 % cela finira par être entendu au niveau national.