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Trois questions à… Guillaume Benhamou

Le 25/06/2021
© iStock

Personne qualifiée CNCPH, Guillaume Benhamou a participé à notre table ronde et nous offre un regard sur les liens entre accessibilité et bâti.

Quels freins impactent l’accessibilité au bâti ?

Paradoxalement les évolutions législatives ! La loi de 2005 imposait une accessibilité totale au cadre bâti public et privatif. La loi ELAN de 2018 est, hélas, revenue sur ce point en ne laissant que 20 % de logement accessible et en introduisant la notion de logement évolutif* à propos de laquelle je reste circonspect à titre personnel. 

*Il s’agit d’un logement pouvant facilement être converti pour accueillir une personne en situation de handicap ou une famille dont un des membres serait dans cette situation.

Pensez-vous que le bâti existant favorise la mobilité des personnes en situation de handicap ?  

Je distinguerais trois grandes familles de bâti qui correspondent aux endroits fréquentés le plus régulièrement : les établissements recevant du public – avec un fort enjeu de formation des agents aux plateformes élévatrices ! -, le domicile et le cadre professionnel. S’il est compréhensible que les plateformes élévatrices ne soient pas accessibles au grand public dans les établissements recevant public (ERP), ne pourrait-on pas imaginer un système à code plutôt que le système à clé actuel ? Globalement 20 % des édifices respectent la norme de 2005, et encore pas complètement. Le problème porte sur l’aménagement des 80 % restants, sans compter l’environnement à proximité immédiate de l’habitat : la lisibilité au sol pour accéder à l’ascenseur dans les parties communes par exemple ou encore les seuils d’entrée. À partir de 2-3 marches il y a un sujet d’élévation pour un fauteuil roulant. 

Quelles seraient les priorités des pouvoirs publics en faveur des mobilités verticales ?

Pour moi, le cœur du maintien à domicile repose sur une garantie d’entretien et de maintenance des équipements, autrement dit comment intervenir et dans quels délais. Il faudrait une clause d’intervention dans les 24h en cas de personne à mobilité réduite (PMR) résidant dans un immeuble. On ne peut pas envisager de rester bloqué chez soi plus de 48h en cas de panne ou de dégradation et ce quel que soit son logement ! Parallèlement, l’ascenseur privatif dans un logement individuel est encore tabou en France mais les demandes vont nécessairement aller en augmentant. Il serait aussi utile d’aborder le sujet de la maintenance sur les plateformes et les élévateurs qui n’est pas obligatoire contrairement aux ascenseurs. 

En résumé, je pense qu’il ne faut pas décorréler l’entretien et la maintenance des équipements de la question de la construction ou de la rénovation, même si cela implique évidemment des coûts conséquents.  

L’ascenseur améliore la mobilité de tous les habitants, le monte-escalier celle des PMR. Cela peut constituer une solution intermédiaire, surtout dans les immeubles dans lesquels l’ascenseur représente un investissement lourd pour la copropriété ou les immeubles anciens ne pouvant pas libérer la place nécessaire. Elle est pourtant peu utilisée en France.