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La parole à … Emmanuel Dupuy

Le 11/05/2021

Emmanuel Dupuy est conseiller municipal à La Faute-sur-Mer, une commune du littoral vendéen de 664 habitants dont 65 % de la population est âgée de plus de 65 ans.

Quel est pour vous l’enjeu principal du maintien du domicile ?

Vivre mieux ! Tous nos aînés voudraient vieillir chez eux, partager avec leurs enfants et petits-enfants un endroit et un quartier où ils ont l’habitude de vivre. Il s’agit de garder à la fois du lien et du liant social. À ce sujet, la pandémie pèse très fortement sur le mental des personnes âgées, surtout dans cette dernière période. On pense souvent aux EHPAD mais la détresse est aussi présente à domicile.

Quels problèmes ou freins impactent le maintien à domicile et l’accessibilité au bâti ?

Je distinguerais plusieurs catégories. L’humain, avec l’aide à domicile, la livraison des repas, les soins infirmiers. Le matériel, avec la téléassistance, les aménagements intérieurs (salle de bain, monte escalier) et, nerf de la guerre, le coût qui en découle. Tous les habitants n’ont pas droit à l’APA qui est conditionnée par les ressources par exemple. Le bâti, enfin. 

Dans notre commune, en dehors du centre urbain où les appartements sont souvent équipés d’ascenseurs dans les petites résidences, nous avons beaucoup de pavillons construits dans les années 1960-1980. Or, c’est un type d’habitat qui comprend, a minima, un escalier menant à l’étage et des espaces exigus, très compliqués à mettre aux normes. Qui plus est, la plupart des gens qui ont acheté ces logements ne se sont jamais demandé s’ils allaient y vieillir, en partie parce que l’espérance de vie à la naissance était alors nettement plus basse qu’aujourd’hui (69 ans en 1975).

Notre commune présente une particularité supplémentaire, puisqu’en sus du Plan local d’urbanisme (PLU), nous sommes soumis au Plan de protection du risque littoral (PPRL) dont l’une des obligations en termes d’assurance impose, pour les habitations situées en zone rouge, de disposer d’une pièce de survie située à l’étage et dans laquelle se réfugier en cas d’inondation. Cela concerne 80 % du territoire de notre commune. Comment faire pour aménager les maisons dans un territoire comme le nôtre ? Les nouvelles constructions sont certes équipées avec des ascenseurs mais, ensuite, comment rejoindre l’étage lorsque l’électricité est coupée ? Dans ce cas de figure très précis, nous privilégions la protection au maintien à domicile. Nous avons la chance en 2021 d’avoir des ingénieurs extrêmement inventifs et en capacité de proposer des solutions à 360°. Pour autant, il faut penser des produits autonomes adaptés aux typologies régionales. 

Comment accélérer le déploiement des solutions actuelles aux enjeux de mobilité verticale ?

On pourrait commencer par prendre en considération les recommandations existantes, telles que le rapport Piveteau Wolfrom sur l’habitat inclusif* et appliquer la loi de de 2005 sur le handicap. Un autre levier serait d’accélérer le délai d’autorisation des bailleurs. Un décret a bien été voté en 2019 mais malgré cela quand vous voulez installer un ascenseur aujourd’hui, il faut un minimum 2 mois dans le meilleur des cas, de 4 à 6 mois dans les faits. En France, nous sommes les spécialistes de la création de décrets et de commissions qui restent lettre morte. C’est là-dessus qu’il faut interpeller nos politiques nationaux. 

Il manque également des actions de communication sur les crédits d’impôt. Il faut rappeler, et cela fait partie de notre travail de politique locale, que l’ascenseur est le moyen de transport le plus utilisé tous les jours et le plus sûr au monde. Une vraie sécurité pour nos aînés mais pas seulement. Tout le monde peut avoir besoin d’un monte escalier ou d’un ascenseur, il suffit que demain je me casse la jambe pour être ravi d’avoir une aide pour passer d’un étage 1 à un étage 2. En résumé, accélérons et faisons connaitre les dispositifs existants, pour nos aînés mais aussi pour les plus jeunes qui peuvent avoir des problèmes de santé aujourd’hui et des besoins demain.

*Remis au Premier ministre le 26 juin 2020.

Quelles seraient les priorités que devraient fixer les pouvoirs publics pour favoriser la mobilité des personnes âgées ?

Avant de pouvoir prendre l’ascenseur, il faut pouvoir rentrer chez soi… Pour moi, la priorité des pouvoirs publics concerne aujourd’hui la mise aux normes des rues et du mobilier urbain (bancs, tables…) pour éviter les chutes. Dans un second temps, la mise aux normes des bâtiments accueillant du public. On a encore énormément de communes où la mairie n’est pas accessible par exemple : un élévateur sur 50 cm ou 1 m est souvent beaucoup plus pratique qu’une rampe qui nécessite de la force et dont la descente est toujours problématique. 

On pourrait prévoir dans nos villes et villages des réunions d’information avec des professionnels ascensoristes et de la silver economy pour expliquer les avantages de la mise aux normes d’une maison, d’un monte escalier ou d’un ascenseur. Naturellement le coût est conséquent, mais il faut aussi considérer la plus-value apportée au logement sur du long terme. Un argument qui intéresse aussi les bailleurs et les investisseurs.

Quelles seraient les solutions pour une ville et un habitat plus inclusif ?

Le but d’un élu, c’est d’avoir une ville qui soit accessible à tous, dans tous les sens. Nous cherchons une organisation des territoires qui respecte les besoins et les attentes des habitants de tout âge en faisant le lien entre nos générations. Une ville écoresponsable et autonome. La ville inclusive est là aujourd’hui, dans des quartiers qui limitent les inégalités de territoires, de genre, d’handicap etc. Notre travail de politique pour demain, c’est de travailler sur une mixité sociale dont nous avons besoin et qui permet de vivre ensemble et mieux. En cela la pandémie nous a rapprochés : des jeunes sont venus à la mairie et nous demander comment ils pouvaient aider les personnes âgées. Parallèlement, le développement de ce nouvel habitat passe par l’hyper connexion et la domotique.

Pour le service public, je pense que les gares ont fait un grand pas. Le cheminement pour les malvoyants a également bien progressé. Maintenant, ce qu’il faut c’est arriver à transposer ce qui a été réalisé pour les grandes entreprises, les hôtels, les résidences séniors, au service de la personne lambda. C’est là qu’il y a un gros travail. 

En fin de compte, les ascenseurs des grands bâtiments sont l’équivalent de la Formule 1. Le souci c’est que nos maisons sont souvent anciennes et que l’âge auquel les gens pensent déménager ou faire évoluer leur habitat recule de 10 ans en 10 ans. Même à 76 ans on se dit qu’on a encore le temps. N’oublions pas non plus qu’emprunter un escalier multiplie le risque de chute, pour la personne âgée ou malade comme pour son aidant potentiel. 

L’ascenseur est bien sûr une priorité dans l’habitat de demain !