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La parole à … Antoine Prime

Le 28/05/2021
© iStock

Antoine Prime est architecte de sécurité, adjoint à l’architecte en chef à la Préfecture de Police de Paris.

Quels freins identifiez-vous pour le maintien à domicile ?

Commençons par distinguer les maisons individuelles des bâtiments collectifs. 

Dans le premier cas, le plus prégnant par rapport au maintien à domicile à mon avis, les logements ne sont souvent pas adaptés à l’origine, avec les chambres ou la salle de bain à l’étage par exemple. Si bien qu’en cas de perte de mobilité, les personnes sont rapidement isolées et doivent déménager en appartement ou en résidence spécialisée. 

Dans le second cas, la question est plus large. Outre le bâti, il y a aussi tout l’entourage au niveau du quartier et de ses commodités.

Comment accélérer le déploiement des solutions actuelles aux enjeux de mobilité verticale ?

Dans les bâtiments collectifs, très largement majoritaires dans une ville comme Paris, obtenir l’accord des copropriétaires est un challenge en soi à cause des coûts et des querelles de voisinage. Mais, en ce qui me concerne, ce sont les problèmes techniques qui priment avec des déploiements étudiés au cas par cas, notamment dans les bâtiments anciens. Il faut déjà commencer par identifier l’emplacement idoine : dans le vide de la cage d’escalier, en empiètement sur des parties privatives, une courette… 

Il convient aussi d’analyser finement le rapport coût/performance de l’aménagement comparé au type d’appartement, à son emplacement, à sa valeur, à sa configuration, au nombre d’occupants. Si vous possédez un appartement au 6ème étage dans un beau quartier parisien, il ne vaut pas grand-chose sans ascenseur alors qu’il peut atteindre des sommets s’il est équipé… En province, la dynamique n’est pas du tout la même.

Quelles priorités donneriez-vous aux pouvoirs publics pour favoriser la mobilité verticale des personnes âgées ?

Je pense qu’il faut proposer des aides d’État pour la dotation en ascenseurs, en particulier dans les quartiers ou arrondissements dans lesquels le bâti est moins prisé. Je pense aussi qu’il faut prioriser l’existence d’un ascenseur « tout court » à l’existence d’un ascenseur aux normes d’accessibilité fauteuil roulant. Si cette typologie d’ascenseur est un prérequis pour les personnes en situation de handicap depuis la naissance ou par accident, pour une personne âgée ce qui est prépondérant c’est la mobilité en soi. Disposer d’un ascenseur, même petit, c’est déjà très bien et suffisant pour faciliter le quotidien (courses etc.).

Comment voyez-vous l’évolution de l’habitat inclusif de manière générale ?

Les établissements recevant du public (ERP) neufs sont déjà totalement accessibles aux personnes handicapées et donc aux personnes âgées. La réglementation vient d’ailleurs de s’alourdir puisqu’au-delà du deuxième étage, il faut désormais un ascenseur pour un bâtiment d’habitation. La mise en conformité complète aux normes d’accessibilité vaut également pour toutes les nouvelles gares. Quant aux gares anciennes, notamment du réseau national et francilien (RER, TGV, etc.), elles se mettent en conformité progressivement et ont fait l’objet d’un schéma directeur d’accessibilité sur 6 ans. Le réseau souterrain parisien constitue un cas à part au sens où, de par ses spécificités, il a été admis, dans le cadre du schéma directeur précité, qu’il serait remplacé par le réseau de surface, c’est-à-dire le réseau de bus.

Concernant l’existant et les habitations individuelles, c’est beaucoup plus compliqué. Autant la loi de 2005* était très ambitieuse, autant les règlements successifs tendent à l’assouplir par la multiplication des dérogations et c’est regrettable. Nous sommes en charge, à la Préfecture de Police de Paris, de l’instruction des demandes de dérogations. Concrètement, il n’y a pas d’obligation de rendre un bâtiment d’habitation conforme, sauf lorsque les travaux dépassent 80 % de la valeur du bien. Il reste de la marge pour progresser…

*Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.